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Gourou

Beaucoup de personnes accompagnées m'ont parlé, en cette dernière fin d’hivers, du film « Gourou », notamment des coachs en supervision ou en travail personnel - comme quoi les coachs peuvent avoir aussi une éthique et une rigueur - mais étant en pleine hibernation active et sur d’autres urgences, je n’avais pas été au cinéma. Maintenant, que le film est disponible en dehors des salles obscures, l’œuvre bénéficie d’un second flot de spectateurs, qui comme moi un peu tortue sont ravis de pouvoir se faire un avis sur la question, car l’ouvrage a évidements ses qualités et ses défauts. Dans l’ensemble, j’aime beaucoup le travail de Yann Gozlan, autour de son personnage de « Matthieu Vasseur » incarné par Pierre Niney, dans Un homme idéal, Burn out ou maintenant dans Gourou. Ces rôles ont permis d’asseoir la carrière de Pierre Niney dans des rôles plus obscurs - il a également performé dans le rôle d’Edmond Dantes. La colonne vertébrale des œuvres de Gozlan s’articule autour du sujet important, de « l’imposture » en une réflexion assez profonde et plutôt subtilement amenée – bien trop rare dans le cinéma français. Dans une société – particulièrement française - ou l’imposture de « Dieu » est morte, l’enjeu de la garantie, de la sécurité et de la régulation devient une problématique étatique majeure [lire l’excellent ouvrage « la Fabrique des imposteurs », de Roland Gori]. Nous sommes tous un jour ou l’autre, confrontés à cette sensation ontologique d’être un « Imposteur » hormis, peut-être, les politiques, les psychiatres et les avocats – quasi absents de nos cabinets, du mien en tous les cas – et je trouve que c’est quelque chose de sain, car cela permet justement de ne pas céder au pouvoir ou à l’inflation. J’ai trouvé hyper intéressant, le premier tiers du film, qui est psychologiquement et sociétalement saisissant et très bien amené. Je suis porté par une affection profonde pour Pierre Niney, nous sommes de la même génération et nous avons fait tous les deux du théâtre. Il est plutôt bon pour incarner la contradiction intérieure de son personnage malgré quelques scènes totalement désincarnées, dans leurs rythmes ou dans leurs écritures, largement caricaturales – ça reste le cinéma français. C’est également, dommage que sur le fond on peine à comprendre l’intérêt de la « vocation » de Matthieu Vasseur, en dehors de son côté revanchard et économique, dans la réalité ce désir de reconnaissance et d’ascension sociale est souvent là, mais complétée par un altruisme compensatoire vis-à-vis des autres, une névrose d’accueil qui peut être aussi tout à fait bénéfique ; je n’ai pas été accueillit ou aider donc je veux aider autrui. Les gens qui ne font, que du business de « la relation Humaine » finissent toujours mal… l’histoire nous contera un jour la fin de carrière de Tony Robbins ou de David Laroche, mais souvenons-nous que Osho et bien d’autres, sont morts dans des circonstances tragiques. La question de l’encadrement « étatique » et de la formation que pose assez rapidement le film reste pour moi un sujet majeur autant que terriblement complexe. J’appartiens à une génération qui a compris que dans les faits « rien ne garantit rien » et encore moins à l’ère de l’IA. Il y a des charlatans qui manquent profondément de formations et de travail sur eux-mêmes et des gens bardés de titres et de diplômes totalement incompétents. Non loin de chez moi, je connais un psychiatre qui abuse de son autorité pour demander des « faveurs » sexuelles et malgré les signalements à l’ARS et à l’ordre, il est toujours en place, car « la vocation se fait rare et on a besoin de lui dans le secteur». Il en va de même chez "les Jungiens" en France, l'évocation de l'œuvre de C.G Jung à l'université tient du miracle et les rares formations institutionnelles, plus ou moins officielles, souffrent d'évidentes lacunes majeures, tant d'un point de vue de la clinique que sur un contenu post-jungien, qui peine à évoluer sur les enjeux sociétaux.        La dernière scène du film est intéressante, mais peine à rattraper les affres et les incohérences de sa deuxième heure, qui malheureusement relève plus du polar, du thriller, que de la réalité psychologique. Le fond psychologique reste "bancale" et cette fuite un avant du personnage principal reste parfaitement illogique dans le réel. On y retrouve dans les grandes lignes, la trame du film "un homme idéal" et même si cela à une certaine logique, l'absence de développement des personnages secondaires est un peu préjudiciable. À l’heure où la pensée tord et retourne en permanence toute logique sémantique dans notre vocabulaire, le mot Gourou est lui aussi détourné de sa sève. À l’origine, en sanskrit, il désigne celui qui éclaire, celui qui dissipe l’obscurité, un passeur de connaissance dont la vocation n’est pas de créer de la dépendance, mais de rendre l’autre autonome. Il en va de même pour de nombreux mots, passés au chlordécone de la pensée. La genèse de l’idée de l’Anarchie est : la plus haute expression de l’ordre par l’absence de pouvoir. Et le masculinisme, a toujours été une réaction à un positionnement féministe – à l’échelle des affects ontologiquement jaloux - autant que le féministe est réactif – par le droit et la pensée -, l’un ne peut pas aller sans l’autre, mais je m’égare…  

Je travaille à l’exact opposer en me méfiant de l’accompagnement collectif, engrais des complexes et des ombres, bien que je ne nie pas que l’on peut aussi retrouver des énergies porteuses et salvatrices, les enjeux de pouvoir, de séduction et la complexité des interactions inconscientes me semble au-delà de toute réalité individuelle, clinique et travail personnel, et en dehors d’une essence Jungienne d’Individuation. Oui, il y a bien les Alcooliques anonymes - plus ou moins grâce à Jung - ou les constellations archétypale ou symbolique, mais cela demande un cadre et une structuration de l’inconscient qui revient à jouer avec du magma dans une salle à manger étriquée, muni de la panoplie d’apprenti chimiste. Bref, je laisse ça à d’autres ou j’attends d’être assez grand…

Personnellement, ce film m'a profondément intéressé surtout au début, mais il ma mit aussi mal à l'aise parce qu’il confond volontairement accompagnement et emprise, transmission et adoration, cadre thérapeutique et messe extatique. Accompagné, c'est de l’autonomie rendue, pas confisquée et ce récit, au fond, nourrit la peur, la méfiance et le soupçon généralisé envers tous ceux qui travaillent avec l’humain, l’intime, la vulnérabilité.

Matt, le personnage, n’est pas un thérapeute. C’est une figure de pouvoir. Un miroir grossissant de notre fascination collective pour la réussite, le charisme, la promesse de transformation rapide. Le film ne parle pas de soin. Il parle de spectacle. De désir de transcendance externalisé. De foule. De verticalité. De starification.

Je ne regrette pas de l'avoir vu ! Il ne vous reste plus qu'à découvrir le film...

 
 
 

Commentaires


Loïs le Tuault Psychologue

Loïs Le Tuault

Analyste Jungien

Siret : 813529468 00031

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